ANGLE DOMINANT
Londres mesure avec prudence la portée du rapport onusien sur Gaza, tiraillée entre ses engagements en droit international et sa relation stratégique avec Israël, dans un contexte où sa propre gestion de crises atrocitaires est simultanément mise en cause au Parlement.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
La commission ONU conclut qu'environ 30 % des victimes du conflit à Gaza étaient des enfants, pour un bilan total d'au moins 20 179 morts à octobre 2025 (The Independent/BBC).
- 02
Israël rejette le rapport, le qualifiant de « supercherie diffamatoire » et de « pièce de propagande » — et rappelle que la commission ne parle pas officiellement au nom de l'ensemble de l'ONU (BBC).
- 03
Le Guardian révèle que le Royaume-Uni aurait tu des renseignements liant l'Éthiopie aux milices RSF au Soudan depuis mai 2024 sous pression émiratie, selon un chercheur de Yale devant une commission parlementaire.
ANALYSE
Londres, 24 juin 2026. Une commission d'enquête indépendante des Nations unies a conclu qu'Israël avait commis un génocide à Gaza en ciblant délibérément les enfants palestiniens — une accusation qu'Israël qualifie de « calomnie » et de « propagande ». La presse britannique, de la BBC au Guardian en passant par The Independent, couvre le rapport avec une densité factuelle inhabituelle, signe de l'importance que Londres attache à ce dossier.
Le rapport de la Commission internationale indépendante d'enquête sur les territoires palestiniens occupés, établi par le Conseil des droits de l'homme en 2021, indique que les forces israéliennes ont « délibérément infligé mort et préjudices corporels et mentaux graves à des centaines de milliers d'enfants palestiniens ». La commission y voit une « stratégie délibérée visant à détruire l'avenir des Palestiniens à Gaza en prenant leurs enfants pour cible ». Environ 30 % des victimes du conflit étaient des enfants, selon le rapport, pour un bilan total d'au moins 20 179 morts recensés à octobre 2025. La BBC précise qu'au moins 73 035 personnes ont été tuées au total dans les frappes israéliennes depuis octobre 2023, dont plus de 21 280 enfants selon le ministère de la santé du Hamas, chiffres jugés fiables par l'ONU.
Israël a rejeté ces conclusions avec véhémence. Son ministère des Affaires étrangères a qualifié le rapport de « supercherie diffamatoire » et de « pièce de propagande aussi outrageante que les précédentes ». La commission, composée de trois experts, ne parle pas officiellement au nom de l'ONU dans son ensemble — distinction que les médias britanniques relèvent avec soin pour contextualiser la portée juridique des conclusions.
Parallèlement, The Guardian révèle une mise en cause directe du gouvernement britannique devant une commission parlementaire : le Royaume-Uni aurait privilégié ses liens avec les Émirats arabes unis plutôt que d'alerter publiquement sur le rôle de l'Éthiopie aux côtés des milices RSF au Soudan. Nathaniel Raymond, chercheur à l'université Yale, témoigne que le FCDO (Foreign, Commonwealth and Development Office) a reçu des renseignements dès mai 2024 mais a choisi de ne pas les divulguer sous « pression privée significative » émiratie. Cette révélation place Londres dans une posture délicate : exiger la responsabilisation internationale sur Gaza tout en défendant ses propres arbitrages géopolitiques face au Parlement.
La convergence de ces deux dossiers — rapport ONU sur Gaza et auditions parlementaires sur le Soudan — illustre la tension que traverse la diplomatie britannique : afficher une adhésion au droit international humanitaire tout en gérant des intérêts stratégiques contradictoires.
