Le Starship V3, qui mesure 124 mètres et constitue à ce jour la plus grande fusée jamais construite, a effectué son vol d'essai inaugural depuis le Texas. Il s'agissait du douzième vol d'essai du programme et du tout premier de cette nouvelle version, censée porter les ambitions du transport spatial lourd américain. L'engin a atteint la plupart de ses objectifs : déploiement de satellites Starlink simulés, survie à la rentrée atmosphérique et amerrissage dans l'Océan Indien.
Le vol a aussi connu des défaillances. Un moteur de l'étage supérieur est tombé en panne en cours de vol, et le booster Super Heavy n'a pas réalisé sa manœuvre de retour contrôlée : il s'est abattu de façon non maîtrisée dans le Golfe du Mexique. L'essai est intervenu deux jours après l'annonce par SpaceX d'une introduction en Bourse, présentée comme potentiellement la plus importante de l'histoire de Wall Street.
L'enjeu dépasse la performance technique. Starship est la pièce centrale du programme lunaire Artemis de la NASA, qui vise à reposer des astronautes sur la Lune lors de la mission Artemis IV. Les États-Unis ont fait le choix de confier à des acteurs privés les capacités de transport lourd nécessaires à ce retour, un modèle qui associe financement public massif et valorisation boursière privée.
Cette articulation nourrit des lectures divergentes. Certains acteurs y voient une accélération technologique et un jalon crédible, tandis que d'autres insistent sur les défaillances et sur l'ouverture d'une évaluation par la FAA concernant des débris tombés dans une zone de danger. Reste également discutée la concentration du contrat lunaire sur une seule entreprise, que certains interrogent et que d'autres traitent comme un fait acquis. L'annonce simultanée de l'IPO brouille enfin la frontière entre événement scientifique et opération financière.