ANGLE DOMINANT
Canberra mesure la fracture Trump-Meloni à l'aune de sa propre désillusion : pour les Australiens, la crise de l'OTAN confirme que Washington n'est plus un partenaire fiable.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
76 % des Australiens ont une opinion défavorable des États-Unis (Pew Research Centre, 42 000 personnes, 36 pays), contre 79 % qui jugeaient Washington « partenaire fiable » sous Biden en 2022 — tombé à 37 % en 2026.
- 02
51 % des Australiens estiment la relation avec la Chine plus importante que l'alliance avec Washington, +8 points en un an (Lowy Institute Poll 2026).
- 03
Giorgia Meloni était la seule dirigeante européenne à avoir assisté à l'inauguration de Trump en janvier 2025, considérée comme le « Trump whisperer » de l'Europe ; leur relation est décrite comme « s'effondrant publiquement » 17 mois plus tard (SBS World News).
ANALYSE
Canberra, 25 juin 2026. La querelle entre Donald Trump et Giorgia Meloni, vue depuis l'Australie, n'est pas seulement une turbulence européenne : elle illustre, pour les médias et les sondeurs australiens, une dynamique que le pays ressent depuis son propre terrain. La première ministre italienne était considérée comme le « Trump whisperer » de l'Europe — la seule dirigeante de droite capable de maintenir un canal ouvert avec la Maison-Blanche. Elle était d'ailleurs la seule cheffe de gouvernement européenne à avoir assisté à l'inauguration de Trump en janvier 2025. Dix-sept mois plus tard, rapporte SBS World News, cette relation « s'effondre publiquement », les deux leaders échangeant des piques sur les réseaux sociaux. Pour Canberra, cet effondrement résonne avec un signal que les enquêtes d'opinion mesurent désormais de façon systématique. Selon le Pew Research Centre, cité par le Sydney Morning Herald, 76 % des Australiens ont une opinion défavorable des États-Unis — un chiffre supérieur à celui du Royaume-Uni (58 %), du Canada (66 %), du Japon (50 %), de l'Espagne (67 %) ou de la France (70 %). Seuls la Suède, la Malaisie, le Pakistan, la Turquie et les Territoires palestiniens affichent des niveaux plus critiques. Plus frappant encore : en 2022, sous Biden, 79 % des Australiens jugeaient les États-Unis un partenaire fiable. Ce chiffre est tombé à 37 % en 2026. Le sondage annuel du Lowy Institute, repris par PerthNow, va plus loin encore : 51 % des Australiens estiment désormais que leur relation avec la Chine est plus importante que leur alliance avec Washington, soit une hausse de huit points en un an. La confiance en Trump pour « faire ce qu'il faut » sur la scène mondiale plafonne à 21 % — un record négatif dans les 22 ans d'histoire de ce baromètre. Six Australiens sur dix déclarent n'avoir « aucune confiance du tout » en Trump. Ce contexte éclaire la façon dont les journalistes australiens lisent le silence de Meloni face aux critiques de Trump. SBS analyse qu'avec la détérioration de leur relation, l'Europe perd l'un de ses derniers interlocuteurs crédibles auprès du président américain. Trump s'est déjà heurté au Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, au Britannique Keir Starmer et à l'Allemand Friedrich Merz — notamment sur la décision d'entrer en guerre contre l'Iran, qui a provoqué une flambée des prix du pétrole, fragilisé les économies européennes et cristallisé un fort mouvement anti-guerre en Italie. L'Australie n'est pas en reste sur AUKUS et sa propre dépendance stratégique : 73 % des Australiens jugent encore l'alliance avec Washington « importante pour la sécurité nationale », même si ce chiffre est en baisse.
