ANGLE DOMINANT
Tokyo mesure ses mots face aux sanctions américaines visant sa propre magistrate à la tête de la CPI, entre solidarité nationale et alliance stratégique avec Washington.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Les sanctions américaines gèlent les avoirs de Tomoko Akane, première Japonaise à présider la CPI, et du procureur sénégalais Abdoulaye Seye.
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La Première ministre Sanae Takaichi a qualifié la décision de « très regrettable » et annoncé vouloir maintenir le dialogue avec Washington.
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Neuf des dix-huit juges de la CPI, les deux procureurs adjoints et l'ancienne procureure en chef sont désormais sous sanctions américaines.
ANALYSE
Tokyo, 20 août 2026. Mesurée mais ferme, la réaction japonaise aux nouvelles sanctions américaines visant Tomoko Akane, première magistrate nippone à présider la Cour pénale internationale (CPI), illustre l'embarras diplomatique de Tokyo, pris entre son alliance stratégique avec Washington et la défense d'une compatriote. Le département d'État américain a annoncé mardi le gel des avoirs américains de Mme Akane et du procureur sénégalais Abdoulaye Seye, portant à neuf sur dix-huit le nombre de juges de la CPI visés par des sanctions US, aux côtés des deux procureurs adjoints et de l'ancienne procureure en chef.
Interrogée par la presse, la Première ministre Sanae Takaichi a jugé la décision « très regrettable », précisant que son gouvernement « continuera de dialoguer avec les pays concernés, y compris les États-Unis ». Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Toshihiro Kitamura, a été plus explicite dans son communiqué : le Japon a « toujours soutenu » la CPI dans sa mission de poursuite des « crimes les plus graves », et Tokyo entend continuer de « renforcer l'État de droit » par le dialogue.
Cette prudence verbale contraste avec la sévérité du communiqué de la CPI elle-même, qui a dénoncé une « attaque flagrante » contre l'indépendance de la juridiction et affirmé vouloir « pleinement exercer son mandat, en toute indépendance et impartialité ». Le secrétaire d'État Marco Rubio a de son côté qualifié la Cour de tribunal « corrompu et fatalement politisé », l'accusant d'avoir outrepassé son mandat en enquêtant sur des ressortissants d'États non membres, dont les États-Unis et Israël.
Pour Tokyo, l'équation est délicate : allié historique de Washington, le Japon revendique dans le même temps un attachement de longue date au multilatéralisme judiciaire, incarné justement par la nomination d'une de ses ressortissantes à la tête de l'institution en 2024. Les médias japonais, Kyodo News et Mainichi en tête, ont largement relayé l'appel de Mme Takaichi à « maintenir la communication » avec Washington, plutôt qu'une condamnation frontale des sanctions.
Cette prudence tokyoïte détonne face à la fermeté affichée par Bruxelles, La Haye et le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, tout aussi critiques. Washington a précisé se tenir « prêt à prendre des mesures supplémentaires » pour « démanteler méthodiquement » la CPI, qui compte déjà neuf sanctionnés sur dix-huit magistrats. Pour Tokyo, l'enjeu dépasse le sort de sa ressortissante : préserver la relation avec son principal allié sécuritaire tout en défendant le multilatéralisme, sans esclandre.
SOURCES (2)
- Kyodo NewsMOYEN
- The MainichiMOYEN
