ANGLE DOMINANT
Ankara dénonce, sans y associer sa propre diplomatie, une nouvelle offensive américaine contre une Cour pénale internationale déjà fragilisée par les rapports de force.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Washington a inscrit la présidente de la CPI Tomoko Akane (Japon) et le procureur adjoint Abdoulaye Seye (Sénégal) sur la liste SDN du Trésor, en vertu du décret 14203 signé par Trump le 6 février 2025.
- 02
La Cour affirme que neuf de ses dix-huit juges sont déjà sous sanctions américaines, aux côtés de deux procureurs adjoints, d'un ancien procureur et d'un membre du personnel.
- 03
L'Allemagne, l'UE, les Pays-Bas, la France, l'ONU et le Japon ont chacun exprimé leur soutien à la CPI ou leur désapprobation des sanctions, Tokyo qualifiant la mesure de 'très regrettable'.
ANALYSE
Ankara, 20 août 2026. La presse turque, à travers l'agence d'État Anadolu et le quotidien pro-gouvernemental Daily Sabah, relaie sans réserve la condamnation quasi unanime des nouvelles sanctions américaines contre la Cour pénale internationale (CPI). Mercredi, Washington a inscrit sur la liste des Specially Designated Nationals du Trésor la présidente de la Cour, la Japonaise Tomoko Akane, et le procureur adjoint sénégalais Abdoulaye Seye. Les deux désignations s'appuient sur le décret présidentiel 14203, signé par Trump le 6 février 2025, qui a déjà permis de sanctionner dix responsables de la Cour, dont l'ancien procureur Karim Khan et huit juges. Le secrétaire d'État Marco Rubio accuse Akane et Seye d'avoir « directement » œuvré à des enquêtes visant des responsables dont le gouvernement n'a pas reconnu la juridiction de la Cour — une allusion transparente aux mandats d'arrêt émis contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l'ex-ministre de la Défense Yoav Gallant.
La Cour qualifie la mesure d'« attaque flagrante » contre l'indépendance d'une institution judiciaire impartiale, rappelant que neuf de ses dix-huit juges sont déjà sanctionnés, aux côtés d'autres responsables déjà visés. Anadolu et Daily Sabah détaillent le front qui se forme : l'Allemagne affirme défendre une institution qui remplit son mandat « exactement comme prévu » ; l'UE, par Ursula von der Leyen et Antonio Costa, dit se tenir « fermement » aux côtés d'Akane ; les Pays-Bas, pays hôte de la Cour, expriment leur désapprobation ; la France condamne « toutes formes de menaces et de moyens de coercition » ; l'ONU, par la voix d'Antonio Guterres, se dit « sérieusement préoccupée ». Tokyo, premier bailleur de fonds de la Cour bien que non partie au Statut de Rome — comme les États-Unis —, juge la décision « très regrettable ».
Ce que la couverture turque donne à voir, sans le commenter frontalement, c'est l'absence de sa propre diplomatie dans ce concert de réactions : aucune déclaration du ministère turc des Affaires étrangères n'est reprise sur ce dossier précis, alors même qu'Ankara s'est montrée l'une des voix les plus constantes en soutien aux mandats d'arrêt de la Cour contre les dirigeants israéliens.
