ANGLE DOMINANT
Stockholm retient d'abord le prix humain de l'escalade au Tigré, quatre ans après les 600 000 morts de la précédente guerre.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Ethiopian Airlines a suspendu, selon Sveriges Radio, tous ses vols vers le Tigré « på obestämd tid » (jusqu'à nouvel ordre) après la prise de l'aéroport de Mekele par les rebelles du TPLF.
- 02
Un médecin anonyme dirigeant un hôpital de Mekele, cité par Sveriges Radio, décrit une situation humanitaire « ohållbar » (intenable) alors qu'afflue les blessés des combats.
- 03
Amanuel Assefa, vice-président du TPLF, a déclaré à l'AFP (relayé par Aftonbladet) que les combats se déroulent au Tigré, en Afar et en Amhara dans un état de « guerre totale » ; la guerre 2020-2022 avait fait 600 000 morts.
ANALYSE
Stockholm, 24 septembre 2026. Depuis les studios de Sveriges Radio, la crise éthiopienne se lit d'abord par la voix des habitants de Mekele plutôt que par celle des chancelleries. Ni l'ONU ni l'Union européenne ne figurent dans les dépêches suédoises publiées ces dernières heures : ce sont un médecin anonyme et un correspondant en Afrique de l'Est qui portent le récit.
Le service public suédois rapporte que les rebelles du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) ont pris le contrôle de l'aéroport de Mekele, poussant la compagnie nationale Ethiopian Airlines à suspendre, selon ses mots, « på obestämd tid » (jusqu'à nouvel ordre) l'ensemble de ses vols vers la région. Un médecin qui dirige un hôpital de la ville, où sont soignés des blessés des combats entre l'armée et les rebelles, décrit à Sveriges Radio une situation qui ne cesse de se dégrader : « Läget är spänt och det blir bara värre och värre. Den humanitära situationen är ohållbar », dit-il, sous couvert d'anonymat - la situation est tendue et ne fait qu'empirer, la situation humanitaire est intenable.
Le tabloïd Aftonbladet, citant l'AFP, relaie les mots d'Amanuel Assefa, vice-président du TPLF : les combats touchent désormais trois régions, le Tigré, l'Afar et l'Amhara, et les deux camps sont engagés dans un « fullskaligt krig », une guerre totale, contre les forces gouvernementales. Selon lui, des accrochages sporadiques duraient depuis des mois avant de s'intensifier ces derniers jours.
La correspondante Afrique de Sveriges Radio, Mona Ismail Jama, qui a recueilli des témoignages sur place, rappelle que le gouvernement avait cherché à contenir les rebelles à l'intérieur du Tigré, avant que des informations ne fassent état d'une avancée rebelle vers les régions voisines, à laquelle Addis-Abeba aurait répondu par des frappes de drones sur des cibles situées à l'intérieur même du Tigré. Elle souligne que la population locale redoute un retour à la guerre totale, en mémoire du conflit de 2020-2022, qui avait fait 600 000 morts.
Aucun des trois articles suédois consultés ne mentionne les appels à la retenue de l'ONU ou de l'UE, ni la menace américaine de sanctions relayée ailleurs : le prisme retenu à Stockholm reste celui du terrain, des vols coupés et des stocks de nourriture, plutôt que celui des capitales occidentales.
