ANGLE DOMINANT
Berlin décrypte le stade Marakana comme le vrai signal de ces obsèques : dans les mêmes tribunes où des hooligans devinrent miliciens puis soldats dans les années 1990, une banderole à l'effigie de Mladic a réuni supporters de l'Étoile rouge et du Partizan, preuve d'une mémoire nationale jamais soldée.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Plusieurs milliers de personnes ont suivi les obsèques à Belgrade, où le patriarche serbe Porfirije a officié avant l'inhumation de Mladic au cimetière de Topcider aux côtés de sa fille, selon Deutsche Welle.
- 02
Lors du derby Étoile rouge-Partizan au stade Marakana la veille, les supporters ont déployé une banderole géante à l'effigie de Mladic et les joueurs sont restés immobiles au rond central, rapporte la FAZ.
- 03
Le président Vucic, absent des obsèques en raison d'une visite prévue de son homologue ouzbek, a rejeté les critiques de l'UE en évoquant les « cimetières à chiens » des ennemis du peuple exécutés après 1945, selon Deutsche Welle.
ANALYSE
Berlin, 8 septembre 2026. Pour la presse allemande, les obsèques de Ratko Mladic, lundi à Belgrade, se lisent moins comme un adieu funéraire que comme un instantané de la Serbie telle qu'elle se raconte trente ans après Srebrenica. Plusieurs milliers de personnes ont suivi la cérémonie officiée par le patriarche serbe Porfirije, avant l'inhumation de l'ancien commandant militaire au cimetière de Topcider, aux côtés de sa fille morte en 1994, rapporte Deutsche Welle (DW). La chaîne progouvernementale Informer a diffusé l'événement comme un « adieu magnifique », sans évoquer les quelque 8 000 civils et prisonniers bosniaques massacrés par les troupes de Mladic à Srebrenica en juillet 1995 — un silence que DW relève explicitement.
C'est pourtant au stade Marakana, la veille, que la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) situe le vrai signal : lors du derby entre l'Étoile rouge et le Partizan, les supporters de l'Étoile rouge ont déployé une banderole géante à l'effigie de Mladic, les tribunes du Partizan ont repris les mêmes chants, et les joueurs des deux équipes sont restés immobiles au rond central. Pour la FAZ, ce geste boucle une boucle historique : c'est dans ces mêmes tribunes, dans les années 1990, que des hooligans devinrent miliciens puis soldats, d'un stade de Zagreb jusqu'à Srebrenica. Le journal y voit un avertissement, écrit le jour même où l'Allemagne dépouillait les urnes d'un scrutin régional en Saxe-Anhalt.
DW documente aussi le calcul politique de Vucic, absent de la cérémonie — officiellement retenu par la visite de son homologue ouzbek. Le président a rejeté les critiques de Bruxelles, évoquant les « cimetières à chiens » réservés aux « ennemis du peuple » exécutés après 1945, et qualifié de « stupide » l'annulation par la commissaire européenne à l'Élargissement Marta Kos de sa visite à Belgrade. Le politologue Dejan Bursac y voit une manœuvre avant des élections anticipées attendues le 25 octobre : le deuil et le nationalisme qu'il attise serviraient à Vucic de bouée. Le mouvement étudiant, moteur des manifestations depuis la tragédie de Novi Sad, évite pour sa part le sujet.
