ANGLE DOMINANT
Helsinki décrypte l'enterrement de Ratko Mladic moins comme un hommage isolé que comme le symptôme d'une mémoire collective serbe, façonnée par trois décennies de nationalisme du sentiment d'être seul contre le monde.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Mladic est mort le 27 août à 84 ans à la prison de La Haye, où il purgeait une perpétuité pour génocide, cinq crimes contre l'humanité et quatre crimes de guerre prononcés par le TPIY.
- 02
Plus de 8 000 hommes et garçons musulmans ont été tués à Srebrenica sous son commandement, qualifié par Helsingin Sanomat de pire génocide en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
- 03
La commissaire européenne à l'élargissement Marta Kos a annulé sa visite en Serbie, estimant que la glorification de Mladic ne correspond pas aux valeurs du chemin vers l'UE.
ANALYSE
Helsinki, 8 septembre 2026. Le grand quotidien Helsingin Sanomat titre sans détour : l'enterrement en héros de Ratko Mladic à Belgrade « raconte le point de vue serbe sur les guerres des Balkans ». Le journal rappelle les faits établis par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie : Mladic, surnommé à l'étranger le « boucher de Bosnie », est mort le 27 août à 84 ans à la prison de La Haye, où il purgeait une perpétuité pour génocide, cinq crimes contre l'humanité et quatre crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie, dont le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica, où plus de 8 000 hommes et garçons musulmans furent tués par ses troupes — « le pire génocide en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale ».
Malgré ce verdict, une longue file de personnes vêtues d'insignes à son effigie s'est formée devant l'église Saint-Luc, rapporte la chaîne publique Yle. Des bus gratuits avaient été affrétés depuis la Bosnie et plusieurs villes serbes, selon Reuters cité par Helsingin Sanomat. Le quotidien explique cet accueil moins par les crimes de Mladic que par le sentiment de victimisation collective que revendiquent nombre de Serbes, entretenu depuis trente ans par des responsables politiques ayant mobilisé les tensions interethniques à des fins électorales, en Serbie comme ailleurs dans la région. Il souligne aussi que le TPIY a condamné 62 Serbes contre 18 Croates, 5 Bosniaques, un Macédonien et un Albanais, tout en rappelant que les victimes civiles bosniaques, croates et albanaises ont été nettement plus nombreuses que les victimes serbes dans leurs guerres respectives — une disproportion documentée, insiste le journal, que la statistique des condamnations ne rend pas injuste.
Sur le plan diplomatique, Yle et Helsingin Sanomat notent que le ministre de la Justice Nenad Vujic avait promis des honneurs d'État avant que le président Vucic ne recule, et que la commissaire européenne à l'élargissement Marta Kos a annulé sa visite en Serbie, jugeant que « la glorification entourant cette mort ne correspond pas aux valeurs sur lesquelles se construit le chemin vers l'UE ».
