ANGLE DOMINANT
Washington dénonce un agenda idéologique de l'ONU et reste le seul pays au monde à voter contre l'abandon symbolique de Mercator.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
164 pays ont voté pour la résolution, un seul contre (les États-Unis) et six se sont abstenus : Serbie, Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie et Ukraine.
- 02
La représentante adjointe américaine Yaryna Ferencevych a qualifié la résolution et l'agenda qu'elle promeut de « bernacles » nuisant à la crédibilité de l'ONU.
- 03
Sur la projection Mercator, le Groenland paraît de taille proche de l'Afrique, alors qu'il lui est environ quatorze fois inférieur selon les données citées par l'ONU.
ANALYSE
Washington, vendredi 4 septembre 2026. À l'Assemblée générale des Nations unies, une seule voix a dit non : celle des États-Unis, face à 164 voix pour et six abstentions. La résolution « Correct the Map », portée par le Togo au nom du Groupe africain et soutenue par l'Union africaine, invite les États membres à délaisser la projection de Mercator, utilisée depuis 1569, au profit d'Equal Earth, jugée plus fidèle aux proportions réelles des continents. 164 pays ont voté pour ; six — Serbie, Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie et Ukraine — se sont abstenus.
Le texte n'a rien de contraignant : il n'interdit pas Mercator et n'impose aucun remplacement, seulement une incitation. Mais la diplomatie américaine y voit un précédent qui dépasse la cartographie. Dans une déclaration après le vote, Yaryna Ferencevych, représentante adjointe des États-Unis auprès du Conseil économique et social de l'ONU, a accusé l'institution de porter un agenda idéologique : « Des résolutions comme celle-ci, et l'agenda idéologique qu'elles promeuvent, sont des bernacles sur notre travail ici, et la raison pour laquelle cette institution perd sa crédibilité. »
Aucun média américain consulté ne conteste les données cartographiques elles-mêmes : l'écart entre Mercator, qui place le Groenland à une taille proche de celle de l'Afrique alors qu'il lui est quatorze fois inférieur, et Equal Earth, développée en 2018 par Tom Patterson, Bernhard Jenny et Bojan Šavrič, n'est jamais mis en doute. Patterson, ancien cartographe du National Park Service, a dit sa surprise : « Wow. Quand nous avons créé la projection Equal Earth en 2018, nous n'avions jamais imaginé cela. »
Le débat porte donc moins sur l'exactitude géographique que sur la légitimité de l'ONU à recommander un standard visuel aux écoles et administrations du monde entier. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, avait plaidé avant le vote que « les cartes façonnent notre compréhension du monde ». Pour la représentation américaine, ce type d'initiative relève d'un usage de l'institution qui s'éloigne, selon elle, de son mandat premier.
