ANGLE DOMINANT
Nairobi salue une victoire diplomatique portée par le Sud et retient du vote solitaire des États-Unis la preuve que la carte du monde reste un enjeu de pouvoir.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
La résolution « Correct the Map », portée par le Togo au nom de l'Union africaine et soutenue par les Bahamas, a été adoptée par 164 voix pour, 1 contre (États-Unis) et 6 abstentions (Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Serbie, Ukraine).
- 02
Sur la projection de Mercator (1569), le Groenland apparaît presque aussi grand que l'Afrique, alors que le continent est environ quatorze fois plus vaste.
- 03
Le représentant américain a qualifié le texte de « bernacles » sur les travaux de l'ONU, dénonçant un débat sur « des projets cartographiques du XVIe siècle » plutôt que sur des problèmes réels de paix et de prospérité.
ANALYSE
Nairobi, 5 septembre 2026. L'Assemblée générale des Nations unies a adopté vendredi 4 septembre 2026 la résolution « Correct the Map », par 164 voix pour, une seule voix contre — celle des États-Unis — et six abstentions (Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Serbie, Ukraine). Portée par le Togo au nom de l'Union africaine, avec le soutien des Bahamas, le texte encourage gouvernements, écoles, organisations internationales et entreprises technologiques à privilégier des projections à surfaces égales, comme Equal Earth, plutôt que la projection de Mercator, conçue en 1569 pour la navigation maritime.
Le grief est ancien : sur Mercator, le Groenland apparaît presque aussi vaste que l'Afrique, alors que le continent est environ quatorze fois plus grand. L'Union africaine avait rappelé, avant le vote, que « l'Afrique est plus grande que les États-Unis, la Chine, l'Europe de l'Ouest et l'Inde réunis ». Pour Addis-Abeba, cette distorsion n'a rien d'anodin : elle a longtemps minimisé la perception du poids du continent dans les manuels scolaires, les médias et les institutions internationales.
Saluant l'adoption du texte, référencé A/80/L.104, l'UA a félicité le Togo et le Groupe Afrique, y voyant une étape « historique » vers une représentation cartographique équitable. Des soutiens de l'initiative sont allés plus loin, qualifiant la distorsion traditionnelle de forme de « colonialisme cartographique ».
Seuls les États-Unis ont voté contre. Leur représentant a dénoncé un texte qui ne pouvait « être séparé du projet idéologique plus large et plus radical auquel il appartient », regrettant que l'Assemblée débatte « de projets cartographiques du XVIe siècle et de leur rôle dans la promotion des réparations et de la justice cognitive » plutôt que des problèmes réels de paix et de prospérité. Washington a qualifié ce type de résolutions de « bernacles » entravant les travaux de l'organisation.
La résolution, non contraignante, n'interdit pas l'usage de Mercator ni n'oblige à l'abandonner : elle invite à recourir à des cartes à surfaces égales lorsque la taille relative des territoires importe. Pour Nairobi, le vote solitaire de Washington confirme surtout qu'une carte n'est jamais neutre — et que la contester reste, pour l'instant, l'affaire du Sud.
