ANGLE DOMINANT
New Delhi décrypte ce vote comme la preuve qu'une coalition menée par l'Afrique peut réunir 164 voix face à une seule opposition, celle de Washington, dans l'enceinte la plus universelle de l'ONU.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
La résolution « Correct The Map » a été adoptée par 164 voix contre 1 (les États-Unis), avec 6 abstentions (Serbie, Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Ukraine)
- 02
Le ministre togolais Robert Dussey, à l'origine du texte, a déclaré avant le vote : « A fair world begins with a fair map »
- 03
Les États-Unis ont justifié leur vote contre en dénonçant un « agenda idéologique » et une « distraction » face aux « problèmes réels de paix, de prospérité ou de bonnes relations »
ANALYSE
New Delhi, 5 septembre 2026. Devant l'Assemblée générale des Nations unies, l'Inde a vu se dessiner un rapport de force inhabituel : 164 voix pour la résolution « Correct The Map », six abstentions et un seul vote contre, celui des États-Unis. Portée par le Togo au nom de l'Union africaine, la résolution encourage l'abandon progressif de la projection de Mercator, héritée du cartographe flamand Gerardus Mercator en 1569, au profit de la projection Equal Earth, conçue en 2018 pour préserver les proportions réelles des continents. La presse indienne insiste sur la mécanique diplomatique : Swarajya décrit l'aboutissement d'une « campagne africaine contre des siècles de distorsion cartographique », quand le Times of India détaille le vote, 164 pays favorables et les abstentions de la Serbie, l'Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie et l'Ukraine. Selon Deccan Chronicle, le texte vise explicitement à contrer la perception d'une Afrique périphérique sur la scène internationale.
Le ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey, artisan du texte, a résumé l'enjeu avant le scrutin : « A fair world begins with a fair map. » Sous Mercator, le Groenland paraît presque aussi grand que l'Afrique, alors que celle-ci est environ quatorze fois plus vaste — une distorsion que Dussey relie à l'héritage colonial de la carte, sans y voir une charge contre l'Europe. Togo prévoit de modifier ses propres manuels scolaires d'ici la fin de l'année et veut réunir d'autres États dans les six prochains mois pour élargir l'adoption d'Equal Earth, y compris auprès des entreprises de cartographie numérique.
Seuls les États-Unis se sont opposés, jugeant le texte porteur d'un « agenda idéologique » et d'une « distraction » face aux « problèmes réels de paix, de prospérité ou de bonnes relations ». La France a annoncé abandonner Mercator, son ministre Jean-Noël Barrot dénonçant des distorsions qui donnent aux États-Unis, à la Russie et à la Chine une prominence visuelle disproportionnée. L'ONG Africa No Filter, associée à la campagne, réclame désormais des cartes exactes « dans les écoles, les manuels, les rédactions et les plateformes numériques ». Pour New Delhi, habituée à se présenter en porte-voix du Sud global, ce score à 164 voix illustre la capacité d'une coalition africaine à isoler Washington sur un sujet symbolique. Le texte reste non contraignant et ne remet pas en cause Mercator pour la navigation maritime et aérienne.
