ANGLE DOMINANT
Londres mesure les conséquences diplomatiques du rapport onusien, entre le dilemme militaire de Trump et l'octroi de visas iraniens en pleine guerre.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le rapport de la Mission d'établissement des faits sur l'Iran établit des « motifs raisonnables » de crimes de guerre américains à Minab (au moins 156 morts, dont 120 enfants) et Lamerd (22 civils tués ou blessés).
- 02
Washington a accordé des visas au président iranien et à son ministre des Affaires étrangères pour l'Assemblée générale de l'ONU à New York la semaine prochaine, malgré la guerre en cours.
- 03
Interrogé par Axios, Donald Trump évoque une « grande décision » à venir sur l'Iran : « Est-ce que je veux y aller et les annihiler ou pas ? »
ANALYSE
Londres, 18 septembre 2026. Le rapport de la Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur l'Iran, mandatée par l'ONU, occupe la presse britannique surtout par son onde de choc à Washington. Le texte, destiné au Conseil des droits de l'homme à Genève, établit des « motifs raisonnables » de croire que les États-Unis ont commis des crimes de guerre lors de deux frappes de février : celle sur l'école primaire Shajareh Tayyebeh de Minab, où au moins 156 civils sont morts selon les enquêteurs — dont 120 enfants, un bilan que les médias d'État iraniens portent à 168 — et celle sur un complexe sportif et un quartier résidentiel de Lamerd, qui a tué ou blessé 22 civils. Selon la mission, les forces américaines s'étaient fondées sur un renseignement plaçant un commandant des Gardiens de la révolution dans l'école, sans le revérifier ni confirmer que le site restait un objectif légitime. Washington avait déjà nié avoir frappé Lamerd et disait enquêter sur Minab ; un responsable du département d'État affirme désormais que les États-Unis n'accordent aucune crédibilité aux conclusions du rapport. Le même document conclut à des crimes contre l'humanité côté iranien, pour la répression des manifestations de janvier, avec des tueries dans les 31 provinces « à une échelle stupéfiante et sans précédent ». Téhéran n'a pas commenté ce nouveau rapport, se contentant de rappeler qu'il rejette toute accusation de violations systématiques.
Ce que la presse britannique retient surtout, c'est l'effet sur la conduite de la guerre elle-même. Interrogé par Axios, Donald Trump a évoqué une « grande décision » à venir : « Est-ce que je veux y aller et les annihiler [le régime iranien] ou pas ? C'est une grande décision. Tout peut arriver avec moi. » Autre signe de ce climat : Washington a accordé des visas au président iranien et à son chef de la diplomatie pour qu'ils assistent, la semaine prochaine, à l'Assemblée générale de l'ONU à New York — malgré une guerre toujours dans l'impasse. Pour les rédactions londoniennes, le rapport de Genève ne clôt donc rien : il s'insère dans un rapport de force diplomatique encore ouvert entre Washington, Téhéran et l'ONU, où la question judiciaire pèse moins, pour l'instant, que le calcul politique du président américain.
