ANGLE DOMINANT
Tokyo pèse un double risque : la fermeture du détroit d'Ormuz coupe un fournisseur pétrolier clé, tandis qu'un expert tokyoïte doute que la « dernière chance » de Trump change la donne face à Téhéran.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le Koweït, ex-fournisseur clé de brut du Japon, voit ses exportations « totalement arrêtées » par la fermeture du détroit d'Ormuz, selon le ministre du Pétrole Tariq Sulaiman Al-Roumi.
- 02
Kazuto Suzuki (Université de Tokyo) estime que l'attaque iranienne du 29 juillet contre une base américaine en Jordanie marque un tournant offensif, signe d'un possible épuisement des stocks américains de Patriot et THAAD.
- 03
Trump a renoncé le 2 août à une frappe massive contre l'Iran et annoncé des négociations pour le 3 août, que Téhéran a aussitôt démenties.
ANALYSE
Tokyo, 4 août 2026. Pour le Japon, la « dernière chance » lancée par Donald Trump à l'Iran vendredi, puis son renoncement à une frappe massive le 2 août, reproduit un schéma déjà observé depuis le début de la guerre américano-israélienne contre Téhéran fin février. Le Mainichi, citant l'agence AP, décrit la mécanique répétée : menace d'« anéantir » les centrales iraniennes ou de saisir son industrie pétrolière, puis recul de dernière minute, parfois sous pression des alliés du Golfe. Trump a annoncé le 2 août renoncer à une attaque de grande ampleur et ouvrir des négociations l'après-midi du 3 août — que Téhéran a aussitôt démenties.
Pour Kazuto Suzuki, professeur à la Graduate School of Public Policy de l'université de Tokyo, le vrai basculement est ailleurs : l'Iran a frappé une base américaine en Jordanie le 29 juillet, après que Washington eut suspendu le 24 juillet treize jours d'attaques consécutives. Un geste offensif et non plus seulement réactif, que Suzuki interprète comme le signe que Téhéran juge désormais épuisés les stocks américains de missiles Patriot et THAAD — donc un rapport de force qui bascule en sa faveur dans d'éventuelles négociations.
L'inquiétude tokyoïte est aussi énergétique. Le Koweït, l'un des principaux fournisseurs de brut du Japon avant la guerre, voit ses exportations « totalement arrêtées » depuis la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran, selon le ministre koweïtien du Pétrole Tariq Sulaiman Al-Roumi, qui évoque au moins un an pour reconstruire les capacités de stockage attaquées. Koweït City discute avec l'Arabie saoudite et les Émirats d'un oléoduc de contournement — vers la mer Rouge ou Oman, ou vers le port émirati de Fujairah — qualifié de « projet énorme » encore à l'étude. Al-Roumi a condamné les frappes iraniennes contre le Koweït et les autres États du Golfe, tout en précisant que Koweït City n'a mené aucune attaque contre Téhéran.
Pour Tokyo, la double lecture est nette : la diplomatie de la « dernière chance » a déjà montré ses limites, et la sécurité énergétique japonaise dépend de solutions de contournement encore hypothétiques dans le Golfe.
