ANGLE DOMINANT
Le Mexique dissocie la flambée mondiale du gazole de son propre dossier : le carburant volé aux oléoducs de Pemex et revendu dans des stations-service liées au crime organisé.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
L'OFAC a identifié des stations-service liées au CJNG, enregistrées au nom de proches pour échapper aux autorités, dans les états de Jalisco, Veracruz et Michoacán
- 02
La FGR a transféré à son unité de criminalité organisée l'enquête sur plus de 59 millions de litres de combustible non accrédité saisis à San José Iturbide, Guanajuato
- 03
La Bolivie a supprimé à 100% sa subvention au diesel ce week-end, faisant bondir les prix et provoquant l'annonce de mobilisations des transporteurs
ANALYSE
Mexico, 21 septembre 2026. Pendant que Paris convoque une réunion à Matignon et que Washington voit le gazole franchir 6,50 dollars le gallon, la presse mexicaine ne parle ni de pénurie ni de taxes : elle parle de vol organisé. El Financiero révèle que le département du Trésor américain a identifié des stations-service liées au Cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), fondé par Nemesio Oseguera Cervantes et dirigé depuis la mort d'«El Mencho», le 22 février, par son beau-fils Juan Carlos Valencia, dit «El 03» ou «El Pelón». Le «huachicol», le vol de carburant aux oléoducs de Pemex, figure parmi les principales sources de revenus non liées à la drogue du cartel. Selon l'OFAC, les stations sont enregistrées au nom de proches ou d'employés de confiance pour échapper aux autorités financières ; le réseau a été repéré dans au moins trois états, Jalisco, Veracruz et Michoacán, où Iván Cazarín Molina, alias «El Tanque», bras droit chargé du pillage des tomas clandestines sur les oléoducs traversant Veracruz, stockait le carburant dans des réservoirs d'une capacité de plusieurs millions de litres avant de l'écouler via onze stations-service. Le même jour, El Financiero et El Informador relatent la saisie de plus de 59 millions de litres de combustible d'origine non accréditée à San José Iturbide, dans le Guanajuato : essence régulière, premium et diesel, découverts lors d'une perquisition judiciaire. Le groupe Simsa nie être propriétaire du site, mais la Fiscalía General de la República a transféré le dossier à son unité spécialisée dans la criminalité organisée, faute de documentation prouvant la licéité de l'origine, de la gestion et de la destination de l'hydrocarbure saisi. Le secrétaire à la Sécurité, Omar García Harfuch, a annoncé des arrestations à venir lors de sa conférence matinale. La Jornada, elle, regarde vers la Bolivie : la suppression totale, ce week-end, de la subvention au diesel a fait bondir les prix et poussé les transporteurs à annoncer des mobilisations, un jour après la prolongation de l'état d'exception pour 90 jours. Pour la presse mexicaine, le gazole cher n'est d'abord ni une affaire de détroit d'Ormuz ni de raffineries frappées : c'est une question de contrôle du territoire, des circuits de Pemex et de la traçabilité fiscale des hydrocarbures que se disputent cartels et autorités.
SOURCES (3)
- El FinancieroMOYEN
- El InformadorMOYEN
