ANGLE DOMINANT
Berlin scrute le procès californien de Meta comme la première mise à l'épreuve judiciaire des mécanismes que le Digital Services Act européen cherche déjà à encadrer par la réglementation, entre indignation morale et scepticisme sur l'issue financière.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Quatre États américains (Californie, Colorado, Kentucky, New Jersey), à la tête d'une coalition de 29 États, réclament environ 200 milliards de dollars de dommages et intérêts à Meta.
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La procureure Megan O'Neill a cité une étude interne de Meta intitulée « The young ones are the best ones », qu'elle présente comme preuve que « les enfants sont le produit ».
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Meta elle-même évoque un risque financier théorique pouvant atteindre 1 400 milliards de dollars, soit plus de vingt fois son bénéfice net annuel.
ANALYSE
Berlin, 19 août 2026. Le procès qui s'est ouvert mardi devant un tribunal fédéral d'Oakland, en Californie, est suivi outre-Rhin comme un test décisif pour toute la régulation mondiale des plateformes. Quatre États américains — Californie, Colorado, Kentucky et New Jersey —, à la tête d'une coalition de 29 États ayant attaqué Meta dès 2023, accusent le groupe d'avoir sciemment conçu Instagram et Facebook pour capter l'attention des mineurs et d'avoir menti sur les risques pour leur santé mentale. Dans son réquisitoire liminaire, la procureure adjointe de Californie Megan O'Neill a résumé la thèse de l'accusation en une phrase glaçante : « pour eux, les enfants sont le produit ». Elle a cité une étude interne intitulée « The young ones are the best ones », révélant que le groupe savait précisément comment le cerveau adolescent réagit aux récompenses et à la validation sociale. Le procureur général de Californie, Rob Bonta, a détaillé les fonctionnalités visées — stories, lecture automatique, défilement infini — conçues, selon lui, pour maximiser le temps passé et donc la vente d'espaces publicitaires. Devant le tribunal, des mères de victimes présumées, dont Lori Schott, ont brandi une banderole portant plus de 130 noms d'enfants et d'adolescents qu'elles associent aux effets des réseaux sociaux. Meta, qui ne s'exprime que par écrit, juge les accusations « faibles et non prouvées » et les demandes financières « totalement disproportionnées ». Les États réclament environ 200 milliards de dollars de dommages et intérêts, mais Meta elle-même évoque un risque théorique pouvant atteindre 1 400 milliards — plus de vingt fois son bénéfice net annuel. L'affaire prolonge les « Facebook Files » révélés en 2021 par la lanceuse d'alerte Frances Haugen, qui avait démontré que le groupe connaissait en interne les effets délétères de ses plateformes sur les adolescentes tout en les niant publiquement. Mark Zuckerberg et l'ancien salarié Arturo Bejar, dont Meta a tenté d'empêcher la comparution, doivent témoigner. Pour Berlin, où le Digital Services Act européen impose déjà des obligations d'évaluation des risques aux grandes plateformes, ce procès californien fait figure de laboratoire grandeur nature : la justice américaine teste par les tribunaux ce que Bruxelles tente d'imposer par la réglementation.
SOURCES (4)
- ZEIT OnlineMOYEN
- FAZMOYEN
