ANGLE DOMINANT
Katmandou mesure la crise du Golfe presque exclusivement à l'aune du baril : la presse népalaise, qui reprend les dépêches Reuters, retient d'abord la menace sur 4 % de l'offre mondiale de pétrole, plus que la bataille pour les îles du Bab el-Mandeb ou les tractations diplomatiques.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Treize civils ont été blessés lundi dans les frappes houthistes sur la base aérienne de Khamis Mushait, selon la coalition arabe dirigée par Riyad
- 02
Un arrêt prolongé de l'oléoduc est-ouest saoudien, endommagé jeudi par une frappe attribuée à des milices proirakiennes, pourrait couper jusqu'à 4 % de l'approvisionnement mondial en pétrole selon des traders cités par Reuters
- 03
Les Houthis ont capturé les îles Hanish, à 160 kilomètres au nord de Bab el-Mandeb, après avoir déjà pris le port de Mokha et l'île de Mayyoun
ANALYSE
Katmandou, 16 septembre 2026. Dans une presse népalaise qui ne dispose d'aucun correspondant dans le Golfe, la crise se lit d'abord par le prisme du baril. The Kathmandu Post, comme The Rising Nepal, reprend largement les dépêches Reuters, mais le choix des titres est révélateur : « Houthis strike Saudi targets anew as talks over Strait of Hormuz stall » place la menace pesant sur l'offre mondiale de pétrole avant le décompte des victimes.
Les faits rapportés sont précis. Lundi, les Houthis ont tiré « des dizaines de missiles et de drones » sur la base aérienne de Khamis Mushait, dans le sud de l'Arabie saoudite, visant hangars, radars, pistes et dépôts de munitions, en rétorsion à des frappes saoudiennes au Yémen. Riyad a placé cette ville et trois autres du sud en alerte, et la coalition arabe fait état de treize civils blessés. Les journaux népalais notent que ces attaques surviennent après qu'une frappe aérienne, jeudi, a mis hors service l'oléoduc est-ouest saoudien, long de 1 200 kilomètres et construit dans les années 1980 pour contourner le détroit d'Ormuz. Riyad l'attribue à des milices proirakiennes soutenues par l'Iran. Selon des traders cités par Reuters, un arrêt prolongé de cet oléoduc pourrait couper jusqu'à 4 % de l'approvisionnement mondial en pétrole, tandis que le détroit d'Ormuz reste largement bloqué.
Katmandou relaie aussi l'avancée houthiste sur la côte yéménite de la mer Rouge : après la prise du port de Mokha et de l'île de Mayyoun dans le détroit de Bab el-Mandeb, les rebelles se sont emparés des îles Hanish, à 160 kilomètres au nord, renforçant leur emprise sur une route devenue, selon Reuters, « plus cruciale encore » depuis le blocage partiel d'Ormuz. Mardi, l'Arabie saoudite a émis des alertes de sécurité élargies jusqu'à La Mecque et Jeddah, une première pour la ville sainte depuis le début du conflit ; les autorités n'ont pas signalé de projectile ayant atteint le sol.
Le report, à la demande de Riyad, de la réunion prévue avec l'Iran sur la navigation dans le détroit n'occupe qu'une ligne dans les récits népalais, presque tous centrés sur les conséquences pour les marchés pétroliers et le fret mondial plutôt que sur la diplomatie régionale ou le sort des civils yéménites, thèmes que la presse locale laisse aux agences internationales.
