ANGLE DOMINANT
Séoul pèse l'héritage de Greenspan à l'aune de ses propres vulnérabilités monétaires : si le « maestro » incarne à la fois la prospérité des années 1990 et les excès qui ont précipité la crise de 2008, la Corée du Sud perçoit son legs à travers le prisme d'une dépendance persistante aux décisions de la Fed.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Greenspan est mort à 100 ans des complications de la maladie de Parkinson ; il a présidé la Fed d'août 1987 à janvier 2006, supervisant la deuxième plus longue expansion économique de l'histoire américaine (1991-2001).
- 02
Le won a chuté à 1 542,1 won pour un dollar après que la Fed de Kevin Warsh a maintenu ses taux à 3,5-3,75 % le 17 juin en signalant une possible hausse ; des investisseurs étrangers ont vendu pour 4 100 milliards de wons d'actions coréennes en une séance.
- 03
Stephen Oliner, ancien haut responsable de la Fed, juge que ni la « déification » d'avant-crise ni le « lynchage » post-2008 n'étaient entièrement mérités, résumant l'ambivalence de l'évaluation historique.
ANALYSE
Séoul, 25 juin 2026. Quand Alan Greenspan est mort à 100 ans des complications de la maladie de Parkinson, la presse sud-coréenne a d'abord relayé la biographie officielle du « maestro » : dix-neuf ans à la tête de la Réserve fédérale américaine (août 1987 - janvier 2006), une expansion économique ininterrompue de dix ans entre 1991 et 2001, une intuition précoce sur la révolution de productivité des années 1990 qui a permis de contenir l'inflation sans freiner la croissance. Le Korea Times, citant l'ancien responsable de la Fed Stephen Oliner, note que « la déification qui a précédé la crise financière n'était jamais vraiment méritée, et le lynchage qui a suivi son départ ne l'était pas non plus entièrement ». Cette formule résume l'ambivalence qui traverse la couverture médiatique à Séoul.
Car l'héritage de Greenspan ne relève pas, pour la Corée du Sud, du seul domaine de l'histoire économique américaine. Le pays en ressent encore les effets en temps réel. Lorsque la Fed de Kevin Warsh a maintenu son taux directeur à 3,5-3,75 % lors de sa première réunion du 17 juin, en laissant entendre qu'une hausse était possible d'ici la fin de l'année, le won a immédiatement réagi : il s'est déprécié à 1 542,1 won pour un dollar, son niveau le plus bas depuis le 8 juin, selon Yonhap. Des investisseurs étrangers ont cédé pour 4 100 milliards de wons (2,6 milliards de dollars) d'actions sud-coréennes en une seule séance, provoquant une chute de près de 10 % du KOSPI à 8 203,84 points.
Cette sensibilité des marchés coréens aux signaux de la Fed illustre précisément la critique la plus durable adressée à Greenspan : en maintenant des taux trop bas trop longtemps après la récession de 2001, il aurait alimenté des bulles d'actifs dont les déflagrations successives continuent de structurer les cycles financiers mondiaux. Le « Greenspan put » — l'idée que la Fed interviendrait systématiquement pour soutenir les marchés en cas de chute — a encouragé une prise de risque excessive, selon les critiques cités par le Korea Times.
Parallèlement, la presse sud-coréenne insiste sur un paradoxe local : le KOSPI a atteint des sommets au-dessus de 9 100 points la semaine précédant la mort de Greenspan, porté par le boom des semi-conducteurs liés à l'intelligence artificielle. Le président Lee Jae-myung a pourtant alerté sur la « polarisation des actifs » que cette euphorie génère, signalant que les jeunes générations, moins susceptibles de détenir des portefeuilles boursiers, restent à l'écart des gains. Une tension que Greenspan connaissait bien pour l'avoir lui-même alimentée : les bulles successives ont toujours profité d'abord aux détenteurs de capital.
