ANGLE DOMINANT
Singapour mesure l'héritage ambigu de Greenspan à l'aune de la stabilité financière : entre décennie de croissance saluée et dérégulation jugée précurseur des crises à venir.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Greenspan a présidé la deuxième expansion économique continue la plus longue de l'histoire américaine : croissance ininterrompue de mars 1991 à mars 2001.
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Le sénateur John McCain avait déclaré que Greenspan devrait rester en poste même après sa mort — signe du crédit quasi institutionnel dont il jouissait.
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Sa femme Andrea Mitchell a souligné qu'il « reconnaissait honnêtement ses erreurs » — concession rare pour un ancien président de banque centrale.
ANALYSE
Singapour, 25 juin 2026. La mort d'Alan Greenspan à 100 ans, survenue le 22 juin des suites de la maladie de Parkinson, a suscité à Singapour une couverture journalistique ample et équilibrée. La cité-État, place financière d'Asie-du-Sud-Est profondément exposée aux cycles monétaires américains, retient de lui une figure à double tranchant.
Le Straits Times et Channel News Asia convergent pour rappeler que Greenspan a présidé la deuxième période d'expansion économique continue la plus longue de l'histoire américaine : une décennie ininterrompue de croissance, de mars 1991 à mars 2001. Cette séquence avait fondé sa réputation de « maestro », au point que le sénateur républicain John McCain avait déclaré, selon le Financial Times cité par Mothership SG, que si Greenspan venait à mourir en exercice, il faudrait « le garder en place et continuer à le faire diriger » — formule révélatrice du crédit quasi mystique dont il jouissait.
Sa décision de ne pas relever les taux directeurs face à une inflation qui ne s'est jamais concrétisée — à contre-courant des pressions exercées à l'époque — est présentée par Channel News Asia comme le marqueur de son intuition singulière. L'ancien président de la Fed Jerome Powell l'a lui-même cité en exemple de la manière dont le jugement humain peut parfois surpasser les modèles économiques techniques.
Mais la presse singapourienne ne se limite pas à l'éloge. Le Straits Times rappelle que Greenspan, nommé par Ronald Reagan dès 1987 et reconduit sous quatre présidents successifs, a également incarné une philosophie de dérégulation financière qui, à terme, a fragilisé les garde-fous du système bancaire. Les critiques de ses partisans sur la politique des taux bas et l'absence d'encadrement des produits financiers dérivés refont surface dans ces nécrologies.
Sa femme, Andrea Mitchell, correspondante en chef des affaires étrangères pour NBC News, a rendu hommage à « un homme immense qui a contribué à façonner l'économie américaine pendant des décennies sous des présidents des deux partis, mais a toujours reconnu honnêtement ses erreurs ». Cette concession à la faillibilité — rare pour un banquier central — est soulignée comme trait de caractère par plusieurs médias.
Avant la Fed, Greenspan avait conseillé Richard Nixon, présidé le Conseil des conseillers économiques de Gerald Ford, et siégé au conseil d'administration de JP Morgan. Cette trajectoire entre sphères publique et privée illustre la porosité institutionnelle que ses détracteurs lui reprochèrent plus tard. Pour Singapour, dont la robustesse réglementaire constitue un pilier de la confiance des marchés, cet héritage mixte parle directement.
