ANGLE DOMINANT
Washington tranche entre deux Greenspan : le maestro des années 1990 et l'architecte involontaire de la crise de 2008, laissant à la postérité un héritage profondément ambigu.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Greenspan est mort à 100 ans des complications de la maladie de Parkinson ; son épouse Andrea Mitchell (NBC News) a annoncé le décès lundi.
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Sous sa présidence (1987-2006), la Fed a presque doublé ses effectifs à Washington (plus de 3 000 personnes) et abandonné le monétarisme de Volcker pour un pilotage par les données.
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Greenspan a lui-même reconnu une « faille » dans sa vision de l'autorégulation des marchés après la crise de 2008, qualifiant sa réaction d'état de « choc incrédule ».
ANALYSE
Washington, 25 juin 2026. Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale de 1987 à 2006, est mort lundi à l'âge de 100 ans à son domicile de Washington, emporté par des complications liées à la maladie de Parkinson. Son épouse, Andrea Mitchell, correspondante en chef de NBC News à Washington, a annoncé le décès en déclarant : « Il était un géant qui a contribué à façonner l'économie américaine pendant des décennies sous des présidents des deux partis, mais il a toujours reconnu honnêtement ses erreurs. »
La presse américaine oscille entre hommage et bilan sévère. Le Los Angeles Times rappelle qu'à son arrivée à la Fed en 1987, Greenspan avait bénéficié des acquis de Paul Volcker, son prédécesseur qui avait brisé l'inflation au prix d'une récession douloureuse, ainsi que de la montée en puissance de l'internet et de la dissolution de l'URSS. Sa gestion de l'économie américaine sur presque deux décennies lui avait valu un statut quasi légendaire dans les milieux financiers, résumé par le titre de « Maestro » que lui avait décerné le journaliste Bob Woodward.
Mais la crise financière de 2008 a durablement fracturé ce récit. NPR souligne que Greenspan lui-même avait admis être dans un état de « choc incrédule » face à l'effondrement des marchés, reconnaissant une « faille » dans sa conviction que les établissements financiers étaient capables de s'autoréguler. CNBC rappelle que son successeur Ben Bernanke, qui a piloté la Fed pendant la crise, a néanmoins tenu à saluer « un grand banquier central qui a guidé son pays à travers près de deux décennies de prospérité ».
Fox News adopte un angle distinct, insistant sur l'ampleur institutionnelle de l'empreinte laissée par Greenspan : il a presque doublé les effectifs de la Fed à Washington pour atteindre plus de 3 000 personnes, abandonné le monétarisme volckérien au profit d'un pilotage par les données macroéconomiques, et participé activement aux négociations des accords de Bâle sur les standards bancaires internationaux. Pour le magazine conservateur, cette expansion du pouvoir de la Fed constitue un héritage en soi, indépendamment de la crise.
Le magazine Time choisit une entrée plus personnelle : Greenspan a commencé sa carrière comme musicien, jouant de la clarinette et du saxophone dans le même orchestre que Quincy Jones, avant de se découvrir une vocation pour les chiffres. C'est entre les sets musicaux qu'il tenait les comptes de ses collègues, comprenant la logique des marchés comme les autres comprenaient la musique — intuitivement, structurellement.
L'expression « irrational exuberance » — « exubérance irrationnelle » — prononcée en 1996 pour avertir Wall Street d'une possible surchauffe des marchés reste sa formule la plus citée.
