ANGLE DOMINANT
Berne pèse froidement le bilan d'Alan Greenspan : entre génie monétaire reconnu et responsabilité dans les excès financiers qui ont culminé en 2008, la presse helvétique refuse les verdicts univoques.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Greenspan a dirigé la Fed de 1987 à 2006, traversant le krach de 1987, la crise asiatique, la bulle internet et les suites du 11 septembre 2001 (SRF News).
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En décembre 1996, il a mis en garde contre « l'exubérance irrationnelle » des marchés financiers, expression devenue référence mondiale sur les bulles spéculatives (Le Temps / SRF News).
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Après la crise de 2007-2008, Greenspan a reconnu des « erreurs d'appréciation » face aux critiques reprochant sa politique de taux bas et sa dérégulation financière (SRF News).
ANALYSE
Berne, 25 juin 2026. Alan Greenspan, décédé lundi à l'âge de 100 ans des suites de la maladie de Parkinson à son domicile, aura gouverné la Réserve fédérale américaine pendant dix-neuf ans — de 1987 à 2006 — sous quatre présidents, républicains et démocrates confondus. La presse suisse, tant alémanique que romande, consacre des bilans substantiels à ce personnage qui aura marqué la finance mondiale comme peu avant lui.
SRF News rappelle l'étendue des crises traversées sous son mandat : le krach boursier de 1987, la récession du début des années 1990, la crise asiatique, l'éclatement de la bulle internet et les suites économiques des attentats du 11 septembre 2001. Face à chacune de ces turbulences, Greenspan a systématiquement répondu par des baisses de taux et une politique favorisant la croissance — une stratégie qui a valu aux États-Unis une longue phase de faible inflation et d'expansion économique, et lui a forgé le surnom de « Maestro » sur les marchés.
Le Temps, pour sa part, rappelle que Greenspan avait érigé l'ambiguïté en instrument de politique monétaire. « Si je semble particulièrement clair, c'est sans doute que vous ne m'avez pas compris », avait-il ironisé dès 1988. Le quotidien genevois souligne aussi son avertissement resté célèbre de décembre 1996 sur « l'exubérance irrationnelle » des marchés financiers — formulé alors même que la bulle internet était en pleine formation, ce qui illustre la tension entre le diagnostic posé et la politique ensuite menée.
L'influence intellectuelle d'Ayn Rand, philosophe libertaire et partisane du « laisser-faire » capitaliste, est pointée par Le Temps comme un fil directeur de sa pensée économique. Cette inclination a nourri son soutien à la dérégulation financière, un choix que ses détracteurs placeront au cœur de la fragilisation du système bancaire américain dans les années 2000.
Car l'autre face du bilan est sévère. Après la crise financière déclenchée en 2007-2008, les critiques se sont multipliées : sa longue phase de taux bas aurait favorisé la formation de bulles spéculatives et une prise de risque excessive. Greenspan lui-même, selon SRF News, a ultérieurement reconnu des « erreurs d'appréciation » — une admission rare pour un banquier central de cette stature.
La presse helvétique souligne en miroir ce que cette trajectoire dit des banques centrales en général : la Suisse, dont la Banque nationale a elle-même navigué entre politique de taux négatifs et interventions de change massives, n'est pas étrangère aux dilemmes que Greenspan a incarnés. Le pays observe ce bilan avec l'acuité d'une place financière qui a vécu de près les turbulences de 2008 et les décennies de taux comprimés qui ont suivi.
