ANGLE DOMINANT
Moscou tranche sans indulgence : Greenspan, figure tutélaire du capitalisme libéral américain, porte une responsabilité directe dans la crise de 2008, et son héritage illustre les contradictions structurelles d'un modèle financier que la Russie rejette aujourd'hui.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Greenspan a dirigé la Réserve fédérale américaine pendant près de vingt ans (1987-2006) et est mort à 100 ans en juin 2026.
- 02
Meduza cite sa confession devant le Congrès en 2008 : Greenspan a reconnu avoir trouvé 'une faille' dans son postulat que les banques s'autorégulent naturellement.
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Le surnom de 'maestro' lui a été décerné par le journaliste Bob Woodward dans un ouvrage éponyme publié en 2000, au sommet de sa réputation.
ANALYSE
Moscou, 24 juin 2026. Alan Greenspan est mort à 100 ans, et la presse russophone n'a pas tardé à dresser le bilan d'une des figures les plus controversées du capitalisme financier occidental. Meduza, qui publie une nécrologie détaillée en s'appuyant sur le Financial Times, le New York Times et The Economist, résume l'ambivalence de l'héritage : « on le loue pour son rôle dans la construction des mécanismes mondiaux du libre-échange, et on le critique tout autant pour avoir conduit le système financier à la crise de 2008-2009 ».
Né le 6 mars 1926 à New York, Greenspan a d'abord rêvé d'une carrière musicale — clarinette et saxophone à la Juilliard School — avant de bifurquer vers l'économie à l'Université de New York. Son parcours intellectuel l'a ensuite conduit vers Ayn Rand, dont le cercle libertarien a profondément façonné sa conviction que les marchés s'autorégulent mieux que toute intervention publique. Cette philosophie, adoptée dans les années 1950-1960, deviendra le fil directeur de ses décisions à la tête de la Fed de 1987 à 2006 — près de vingt ans durant lesquels il a exercé une influence sans équivalent sur la finance mondiale.
Le récit russe retient deux temps distincts. Le premier : la décennie 1990 et le début des années 2000, période de croissance exubérante aux États-Unis, où Greenspan était adulé sous le titre de « maestro ». Bob Woodward lui consacre un ouvrage sous ce nom en 2000, consacrant une réputation quasi-mythique. Le second temps est celui de la chute. La politique de taux bas prolongée après l'éclatement de la bulle internet, combinée à une déréglementation du secteur bancaire que Greenspan a soutenue tout au long de sa carrière, est aujourd'hui désignée comme l'un des facteurs déclenchants de la crise financière mondiale de 2008. Le « Greenspan put » — cette conviction des marchés que la Fed interviendrait toujours pour amortir les chocs — aurait encouragé une prise de risque excessive.
En 2008, lors de son audition devant le Congrès américain, Greenspan a reconnu avoir trouvé « une faille » dans son raisonnement économique : son postulat que les banques agiraient dans l'intérêt de leurs actionnaires pour se protéger s'était révélé inexact. Meduza cite cette confession comme le moment le plus symbolique d'une remise en question tardive.
La lecture moscovite de cet héritage s'inscrit dans un contexte plus large : alors que le Kremlin affirme avoir « garanti la stabilité macroéconomique » de la Russie face aux turbulences des marchés mondiaux, la trajectoire de Greenspan est perçue comme l'illustration des limites du modèle financier occidental. Pour la presse russe, la mort du « maestro »
