ANGLE DOMINANT
Londres mesure avec une précision chirurgicale l'ambivalence de l'héritage Greenspan : génie monétaire ou architecte des excès financiers qui ont conduit à la crise de 2008 ?
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Greenspan a présidé la Fed pendant près de 20 ans (1987-2006), supervisant la plus longue période de croissance économique soutenue des États-Unis depuis une génération (BBC)
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Les critiques pointent que son recours excessif au crédit facile a alimenté la bulle internet des années 1990 et préparé la crise des subprimes de 2008 (BBC)
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Sa femme Andrea Mitchell a déclaré qu'il était 'un homme d'une stature immense' qui 'a toujours été honnête pour reconnaître ses erreurs' (BBC)
ANALYSE
Londres, 25 juin 2026. La mort d'Alan Greenspan à l'âge de 100 ans rouvre outre-Manche un débat jamais tout à fait clos : celui de la responsabilité des banquiers centraux dans les crises qu'ils sont censés prévenir. La BBC consacre à l'ancien président de la Réserve fédérale un portrait dense, oscillant entre admiration pour l'homme et scepticisme face à son legs institutionnel.
Pour la presse britannique, Greenspan incarne une contradiction fondamentale. Pendant près de vingt ans — de 1987 à 2006 — il a présidé à la plus longue période de croissance économique soutenue qu'ait connue les États-Unis depuis une génération. La BBC rappelle qu'il occupait un poste décrit comme « le deuxième plus important après la présidence » et que les marchés financiers « suspendaient leur souffle à chacune de ses rares déclarations publiques ». Dans son bureau figurait une enseigne sans équivoque : « The buck starts here ».
Mais c'est précisément cette toute-puissance symbolique qui nourrit les critiques les plus acérées. Les commentateurs londoniens s'arrêtent longuement sur l'accusation centrale : une dépendance excessive au crédit bon marché aurait alimenté la bulle des valeurs technologiques à la fin des années 1990, avant de préparer le terrain à la crise des subprimes de 2008. Le fameux « Greenspan put » — la conviction que la Fed interviendrait toujours pour soutenir les marchés en cas de chute — est désigné comme un facteur d'aléa moral ayant encouragé des prises de risque inconsidérées dans l'ensemble du système financier.
La trajectoire personnelle de l'homme retient aussi l'attention des rédactions. Loin d'un technocrate froid, Greenspan était d'abord un musicien : il a étudié la clarinette à la Juilliard School of Music de New York et joué aux côtés du saxophoniste de jazz Stan Getz avant de tourner avec le Henry Jerome Band. La BBC note que cette vie itinérante lui avait conféré « une précieuse compréhension pratique du fonctionnement des entreprises américaines ». Ce détour par les arts lui avait permis, bien avant ses années à la Fed, de saisir les rythmes profonds de l'économie réelle.
Sa femme, la correspondante NBC Andrea Mitchell, a annoncé son décès, soulignant qu'il était « un homme d'une stature immense qui a contribué à façonner l'économie américaine pendant des décennies sous des présidents des deux partis, mais qui a toujours été honnête pour reconnaître ses erreurs ». Cette capacité d'autocritique, rare parmi les figures de sa génération, est relevée comme un trait distinctif par les médias britanniques.
