ANGLE DOMINANT
Doha tire la sonnette d'alarme : la perte de Bab el-Mandeb serait « catastrophique pour le monde entier », et l'émirat replace la crise saoudienne dans le cadre plus large des routes énergétiques mondiales, plutôt que du seul affrontement militaire avec les houthistes.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le ministère qatari des Affaires étrangères a jugé la perte de Bab el-Mandeb « catastrophique pour le monde entier » et dit travailler avec des partenaires à la liberté de navigation
- 02
Les houthistes ont pris Mokha le 10 septembre, puis l'île de Perim et l'archipel des Hanish, prenant le contrôle de tout le littoral yéménite de la mer Rouge
- 03
Le brut est resté supérieur à 100 dollars et le diesel américain a frôlé un record à 6,40 dollars le gallon, après l'arrêt de l'oléoduc Est-Ouest saoudien
ANALYSE
Doha, 19 septembre 2026. Tôt samedi, des alertes aériennes ont retenti à Riyad et dans plusieurs régions saoudiennes, une première dans la capitale depuis l'intensification des attaques houthistes ; des journalistes ont entendu des explosions avant la levée de l'alerte. Pour Doha, cet épisode confirme un avertissement formulé plus tôt ce mois-ci : le directeur du département Médias et Communication du ministère des Affaires étrangères, Ibrahim bin Sultan al-Hashmi, a jugé que la perte de Bab el-Mandeb serait « catastrophique pour le monde entier », estimant que la région ne pouvait absorber la fermeture d'un second détroit après Ormuz. Il a précisé que le Qatar travaillait avec ses partenaires régionaux et internationaux à préserver la liberté de navigation.
L'avancée houthiste a été rapide : prise de Mokha le 10 septembre, puis de l'ensemble du littoral restant et de l'île de Perim le lendemain, avant la capture de l'archipel des Hanish. Le mouvement, soutenu par l'Iran, tient désormais tout le littoral yéménite de la mer Rouge. L'Organisation internationale pour les migrations recense plus de 100 000 déplacés, pour l'essentiel à l'intérieur du Yémen. Les conséquences énergétiques sont mondiales : le brut, qui a touché son plus haut niveau depuis mai, restait mercredi supérieur à 100 dollars, et le prix moyen du diesel aux États-Unis a frôlé un record à 6,40 dollars le gallon. L'oléoduc Est-Ouest saoudien, qui permettait d'exporter du brut par la mer Rouge, reste à l'arrêt depuis une frappe que Riyad attribue à l'Irak.
Sur le plan militaire, Riyad, à court d'intercepteurs, a sollicité la France, le Pakistan, l'Égypte et le Royaume-Uni pour renforcer sa défense antiaérienne, tandis que Washington, engagé face à l'Iran, voit ses propres stocks se réduire. Riyad a accusé les houthistes d'avoir visé La Mecque mercredi, ce qu'ils ont démenti ; un Yéménite est mort à Taëf sous les débris d'un drone intercepté. Le Qatar, qui ne revendique pas de rôle militaire dans ce dossier, insiste sur la coordination diplomatique plutôt que sur l'escalade des frappes.
Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Mohammad Asif, a jugé qu'il était temps d'activer le pacte de La Mecque face à l'escalade des attaques houthistes, affirmant qu'Islamabad protégerait le royaume et ses lieux saints même en l'absence d'accord formel, et qu'il avait transmis à Téhéran un message saoudien exprimant ces inquiétudes. L'Italie, de son côté, a annoncé le déploiement de navires de guerre pour sécuriser ses propres flux commerciaux dans le détroit, sans attendre une décision commune de l'Union européenne.
