ANGLE DOMINANT
Allemagne mesure combien les guerres en Ukraine et autour de l'Iran pèsent sur le sommet BRICS de New Delhi, où l'autonomie stratégique indienne se heurte à une Chine et une Russie moins alignées qu'affichées.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le gouvernement indien a redéfini l'acronyme BRICS en « Building for Resilience, Innovation, Cooperation and Sustainability » pour l'occasion du sommet (Tagesschau).
- 02
Xi Jinping n'avait pas visité l'Inde depuis 2019 ; il a déjà croisé Modi et Poutine lors du sommet de l'OCS à Bichkek fin août, deux semaines avant de les revoir à New Delhi (DW).
- 03
L'accord de patrouille frontalière de 2024 a mis fin à quatre ans de face-à-face militaire entre l'Inde et la Chine, mais le déficit commercial indien envers Pékin reste massif (DW).
ANALYSE
Berlin, 12 septembre 2026. La chaîne publique Tagesschau donne le ton depuis Neu-Delhi : rues bouclées, embouteillages sans fin, façades décorées et lumières colorées pour l'ouverture, ce week-end, du 18e sommet des BRICS. Sous surveillance renforcée, le gouvernement indien a même redéfini l'acronyme en « Building for Resilience, Innovation, Cooperation and Sustainability » — une formule jugée par la chaîne « aussi vague qu'optimiste ». Pour Rajan Kumar, professeur de relations internationales à l'université Jawaharlal Nehru cité par Tagesschau, le sommet se tient dans un climat d'incertitude mondiale : la politique de Donald Trump, l'action américaine contre l'Iran et l'invasion russe de l'Ukraine auraient, selon lui, provoqué « une crise politique et économique massive dans les pays du Sud global ». Un expert cité par la chaîne appelle toutefois à ne pas surestimer la portée du sommet.
Deutsche Welle, de son côté, insiste sur le test que représente l'accueil simultané de Xi Jinping et Vladimir Poutine pour la diplomatie de Narendra Modi. Xi n'avait pas foulé le sol indien depuis 2019 ; les deux dirigeants viennent pourtant de croiser Modi lors du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai à Bichkek, fin août. Selon DW, les relations entre New Delhi et Pékin restent une « coexistence armée » : un accord de patrouille frontalière signé en 2024 a mis fin à quatre ans de face-à-face militaire, les vols internationaux ont repris, le pèlerinage du Kailash Mansarovar a rouvert et certaines restrictions de visas ont été assouplies — mais le déficit commercial indien vis-à-vis de la Chine demeure massif. Ashok Kantha, ancien ambassadeur indien en Chine interrogé par DW, résume la logique de New Delhi : ces groupements donnent à l'Inde une place à la table et lui permettent de poursuivre ses propres intérêts tout en maintenant des relations avec différentes grandes puissances.
Les deux médias convergent : plus le bloc s'élargit, plus ses divisions internes s'accentuent, réduisant la marge de manœuvre diplomatique que Modi espérait tirer de son année de présidence des BRICS.
