ANGLE DOMINANT
Ottawa rouvre son propre débat sur les ventes d'armes à Riyad, à la lueur de l'appui britannique et du retrait américain face aux Houthis.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le premier ministre britannique Andy Burnham a annoncé que les avions-citernes Voyager de la Royal Air Force ravitailleraient en vol les avions saoudiens, un appui dit limité dans le temps (CBC).
- 02
Selon le New York Times, cité par le Globe and Mail, Donald Trump aurait annulé au dernier moment des frappes américaines contre les Houthis alors que des bombes étaient déjà chargées sur les avions.
- 03
Le Canada a signé en 2014 un contrat de véhicules blindés légers (LAV) avec l'Arabie saoudite, depuis contesté par des poursuites et des campagnes militantes (National Post).
ANALYSE
Ottawa, mardi 22 septembre 2026. Alors que Londres a accepté de ravitailler en vol les avions de combat saoudiens engagés contre les Houthis, la presse canadienne rouvre un débat vieux de plus d'une décennie : celui des ventes d'armes canadiennes à l'Arabie saoudite. Dans une tribune du National Post, le chroniqueur Jesse Kline soutient qu'il est "now clear that we should have been selling the Saudis more military equipment, not less", rappelant le contrat controversé de véhicules blindés légers (LAV) signé par les conservateurs en 2014 et combattu depuis par des campagnes militantes et des recours judiciaires. Il défend l'idée que la coalition saoudienne cherchait à empêcher une organisation islamiste de prendre le contrôle d'un pays situé près d'un point de passage stratégique de la mer Rouge, tout en reconnaissant les motifs de méfiance envers Riyad, de l'origine saoudienne de quinze des dix-neuf pirates de l'air du 11-Septembre au meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en 2018.
Le Globe and Mail documente le vide laissé par Washington. Le quotidien rapporte que le président Donald Trump aurait annulé au dernier moment des frappes américaines contre les Houthis, alors même que des bombes étaient déjà chargées sur les avions, selon le New York Times, une information que Reuters n'a pas pu vérifier et que le Pentagone n'a pas commentée. Les États-Unis ont jusqu'ici rebuffé les appels répétés du prince héritier Mohammed ben Salmane à se joindre aux combats, tandis que les Houthis avancent sur les hauteurs du Yémen pour couper la côte de la mer Rouge des zones tenues par les forces pro-gouvernementales.
C'est dans ce contexte que CBC relaie l'annonce du premier ministre britannique Andy Burnham : les Voyager de la Royal Air Force ravitailleront les avions saoudiens, un appui qu'il dit vouloir limité dans le temps et destiné à sécuriser les intérêts britanniques et régionaux, alors que les Houthis contrôlent désormais le port de Mokha et une partie des accès au détroit de Bab el-Mandeb, par où transite environ 12 % du commerce mondial.
Pour la presse canadienne, l'épisode britannique agit comme un miroir : il relance la question de savoir si Ottawa, échaudé par ses propres controverses sur les LAV, devrait revoir sa réticence à s'engager davantage aux côtés de Riyad.
