ANGLE DOMINANT
Ottawa retient la chute d'un homme fort après quatorze ans : la presse canadienne cadre la défaite de Vučić comme un basculement politique interne, porté par la rue étudiante et comparé à celle d'Orbán.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Vučić projette 135 à 140 sièges sur 250 pour la Liste étudiante contre environ 105 pour le SNS, soit 2,2 millions de voix contre 1,7 million.
- 02
La participation avoisine 70 %, la plus élevée depuis 1992 selon CBC.
- 03
Le mouvement est né de l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad en 2024, qui a fait 16 morts.
ANALYSE
Ottawa, 26 octobre 2026. Les médias canadiens décrivent un « séisme politique » dans les Balkans. Global News, CBC et le Globe and Mail s'accordent : dimanche 25 octobre, Aleksandar Vučić a reconnu sa défaite face à la Liste étudiante, après quatorze ans d'un pouvoir qualifié de « virtuellement absolu » par Global News, qui reprend une dépêche d'agence.
« Il est clair que nous avons perdu ces élections, la Liste étudiante a gagné », a déclaré Vučić selon CBC, en projetant de 135 à 140 sièges pour ses adversaires contre 105 pour le Parti progressiste serbe (SNS), dans un Parlement de 250 sièges. Il a évoqué environ 2,2 millions de voix pour les étudiants contre 1,7 million pour son parti. Un sondage de sortie des urnes cité par CBC donne 138 députés aux étudiants et 104 au SNS. L'annonce est intervenue environ une heure et demie après la fermeture des bureaux de vote.
Le Globe and Mail, avant le dépouillement, insistait sur la mobilisation : files d'attente devant les bureaux, participation de 27,3 % à 11 h contre 15,1 % lors du scrutin de 2023, et Vučić lui-même patientant près de deux heures pour voter. CBC chiffre ensuite la participation à près de 70 %, la plus élevée depuis l'éclatement de la Yougoslavie en 1992.
Le récit remonte à l'origine du mouvement : l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad en 2024, qui a fait 16 morts, puis près de deux ans de manifestations contre la corruption perçue et un autoritarisme rampant. Un professeur de l'Université de Belgrade, Radomir Sajcic, a lancé au nom des étudiants : « Ce soir nous célébrons la victoire, demain nous bâtissons l'avenir. » Dans les rues de Belgrade, klaxons et slogans, dont « Aleksandar est parti ».
Global News relève que Vučić, soutenu par Vladimir Poutine, a attribué sa défaite aux médias indépendants, à des ingérences de pays européens non nommés et à un « État profond américain ». Le Globe and Mail rappelle toutefois que de nombreux électeurs lui savent gré des autoroutes, des chemins de fer, des écoles et des hôpitaux construits, et que Vučić avait démissionné de la présidence pour briguer le poste de Premier ministre.
Le Globe and Mail établit un parallèle avec la défaite de Viktor Orbán en Hongrie en avril et voit dans la victoire étudiante un possible modèle pour d'autres mouvements de jeunes en Europe.
