ANGLE DOMINANT
Berlin déchiffre dans ce décret un nouveau pas de Washington vers Moscou, au détriment de Kiev, à l'approche de l'hiver.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Trump a suspendu par décret, vendredi, les droits de douane et sanctions de la loi signée à la mi-septembre, invoquant « l'intérêt national » des États-Unis ; la loi l'autorise à le faire en informant le Congrès (Handelsblatt).
- 02
Kirill Dmitriev, émissaire économique de Poutine, a qualifié la suspension de « moment important et véritablement historique » (Tagesschau).
- 03
Zelensky a averti que la Russie cherche à provoquer un blackout avant l'hiver, plus de 15 installations électriques ayant été attaquées la veille (Tagesschau).
ANALYSE
Berlin, 17 octobre 2026. La presse allemande rend compte du décret publié vendredi (heure locale) par Donald Trump, qui met « sur la glace » les droits de douane et sanctions prévus par la loi promulguée à la mi-septembre. Selon le Handelsblatt, le texte permet au président de suspendre ces mesures en informant le Congrès ; la suspension durera jusqu'à ce que Trump ou de hauts responsables jugent d'autres étapes appropriées. La FAZ relève que Trump a agi peu avant la fin du délai de 30 jours fixé par le Congrès, qui voulait accroître la pression sur le Kremlin.
La Tagesschau insiste sur la justification : la mesure serait « à l'heure actuelle dans l'intérêt national » des États-Unis, mais la Maison-Blanche n'a pas précisé en quoi. Moscou se réjouit : Kirill Dmitriev, émissaire économique de Vladimir Poutine, parle d'un « moment important et véritablement historique ». Il est aussi, rappelle la chaîne, le négociateur du Kremlin face à Steve Witkoff et Jared Kushner.
L'angle dominant est celui d'un rapprochement. Sous le titre « Comment Trump se rapproche encore de Poutine », la Tagesschau évoque l'accord sur le diesel russe conclu quelques jours plus tôt, un soutien à l'Ukraine toujours réservé, et écrit : « Trump a changé de camp. » Elle cite aussi Trump reprochant à Zelensky de frapper des raffineries et de faire monter le prix du pétrole, et note que les démocrates et quelques républicains défendent Kiev, tandis que des figures du mouvement MAGA sont pro-russes.
Le point de vue ukrainien occupe une large place. Zelensky, sur Telegram, juge que relâcher la pression et offrir des récompenses financières n'est qu'un encouragement pour Poutine à frapper plus fort. Il rappelle que la décision tombe au lendemain d'une des frappes les plus massives contre l'énergie ukrainienne, avec plus de 15 installations touchées et des centaines de milliers de personnes sans électricité ni chauffage : « La Russie tente de provoquer un blackout avant l'hiver. » Le paquet de sanctions « aurait pu énormément aider », et le pourrait encore si Washington le rétablissait.
Le Handelsblatt ajoute une lecture économique et électorale : selon des analystes, les sanctions auraient pu faire grimper encore les prix du pétrole, alors que les Américains subissent des coûts accrus du fait de la guerre contre l'Iran lancée par les États-Unis et Israël, et que les républicains sont sous pression avant les élections législatives. La FAZ rappelle dans son liveblog que Von der Leyen confirme un besoin de 70 milliards d'euros supplémentaires pour l'Ukraine en 2027.
SOURCES (3)
- FAZMOYEN
- HandelsblattMOYEN
