ANGLE DOMINANT
Santiago décrypte le Nobel de Navi Pillay comme un camouflet adressé à Donald Trump, puis comme un test de résistance pour la Cour pénale internationale visée par les sanctions américaines.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le prix Nobel de la paix a été remis vendredi à la juriste sud-africaine Navi Pillay, 85 ans, ancienne haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme de 2008 à 2014 (BioBioChile).
- 02
La CPI a rejeté « catégoriquement » les sanctions américaines ; Tomoko Akane affirme que « la Cour ne se laissera pas intimider » (El Ciudadano).
- 03
Washington avait déjà sanctionné 9 des 18 juges de la CPI, les deux procureurs adjoints, l'ancien procureur et un membre du personnel (El Ciudadano).
ANALYSE
Santiago, 10 octobre 2026. Les médias chiliens traitent le Nobel de la paix attribué vendredi 9 octobre à la juriste sud-africaine Navi Pillay, 85 ans, sous deux angles : le revers pour Donald Trump et la pression sur la justice internationale.
BioBioChile consacre un explicatif aux « huit guerres » que le président américain dit avoir réglées pour mériter le prix. « Pour la déception du mandataire », écrit le site, la récompense est allée à Pillay. Il cite une vérification de FactCheck.org selon laquelle ce bilan inclut des différends jamais devenus des guerres ouvertes et des affrontements qui ne sont pas terminés. Reuters, rappelle-t-il, signale que les hostilités persistent dans plusieurs cas, dont le Rwanda et la RDC, ou l'Inde et le Pakistan, Delhi niant toute médiation américaine.
Un second article de BioBioChile s'attache à Pillay elle-même. Ancienne haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme de 2008 à 2014, elle a occupé un poste que Michelle Bachelet a tenu de 2018 à 2022, précise le média, ce qui donne au récit un point d'ancrage chilien. Il rapporte que le comité norvégien, présidé par Jørgen Watne Frydnes, voit dans le prix un message à ceux qui cherchent à affaiblir le système fondé sur des règles, et que « les juges et les institutions du droit international sont sous attaque politique ». Pillay a plaisanté en apprenant la nouvelle au Forum de Nuremberg : « Si vous applaudissez encore un peu, peut-être partagerai-je ce prix avec Trump ». Le texte rapporte aussi que la commission qu'elle a présidée a conclu à un génocide à Gaza, qu'Israël nie, et que la chancellerie israélienne a écrit sur X que Goebbels « applaudit sûrement depuis l'enfer ».
El Ciudadano se concentre sur les sanctions. La CPI les a rejetées « catégoriquement », y voyant une « attaque flagrante contre l'indépendance d'une institution judiciaire impartiale » qui touche aussi les victimes. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, y voit « un dur coup à la justice pénale internationale », et le haut-commissaire Volker Türk les juge « inacceptables », réclamant leur retrait immédiat. La présidente Tomoko Akane assure que « la Cour ne se laissera pas intimider ». Selon le média, Washington avait déjà sanctionné 9 des 18 juges, les deux procureurs adjoints, l'ancien procureur et un membre du personnel. BioBioChile fait état de 13 responsables sanctionnés et de la crainte d'une sanction visant la Cour entière.
La presse chilienne relaie donc surtout les réactions des institutions onusiennes et de la Cour, et peu les voix d'États. Le prix y est lu comme un mandat de défense du droit international plutôt que comme une fierté nationale sud-africaine.
SOURCES (2)
- BioBioChileMOYEN
- El CiudadanoMOYEN
