ANGLE DOMINANT
Manille retient du Nobel de Navi Pillay un plaidoyer pour le droit international, aussitôt mis à l'épreuve par les sanctions américaines contre la CPI.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Navi Pillay, 85 ans, ancienne juge de la CPI, a reçu le Nobel de la paix vendredi 9 octobre « pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international » (Rappler).
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Washington a sanctionné la CPI elle-même quelques heures après l'annonce ; la Cour y voit une atteinte à l'État de droit et affirme agir au nom de 125 États parties (GMA News).
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Donald Trump a qualifié la lauréate de « personne mystère » et jugé la décision « tache indélébile » sur la Norvège (GMA News/Reuters).
ANALYSE
Manille, 10 octobre 2026. Les médias philippins couvrent le Nobel de la paix 2026 sous l'angle du droit face à la force. Rappler rapporte que Navi Pillay, 85 ans, ancienne juge de la Cour pénale internationale et du Tribunal pénal international pour le Rwanda, a été récompensée vendredi 9 octobre « pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international ». Le comité Nobel, cité par le site, affirme que « le système du droit international est sous une pression énorme et ses institutions sont attaquées », et note un glissement vers « la politique de puissance au détriment des cadres juridiques ».
Rappler retrace le parcours de la lauréate : née à Durban dans une famille tamoule d'origine indienne, première femme à ouvrir un cabinet d'avocat dans le Natal en 1967, première femme non blanche à siéger à la Haute Cour sud-africaine, puis haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme. Le comité y voit un fil continu depuis la défense de Nelson Mandela et d'autres opposants à l'apartheid jusqu'aux grandes affaires internationales. Le média rappelle aussi qu'elle a présidé la commission d'enquête de l'ONU sur le territoire palestinien occupé, dont le rapport concluait à un génocide à Gaza, qu'Israël a jugé « scandaleux ».
GMA News insiste sur la suite : quelques heures plus tard, l'administration Trump a sanctionné la CPI elle-même, ce qui placerait Washington en « collision diplomatique » avec ses alliés européens. La mesure irait bien au-delà des sanctions antérieures visant procureurs et juges, puisqu'elle pourrait frapper les entreprises fournissant des services à la Cour. Marco Rubio a déclaré que « le président Trump ne permettra jamais à la Cour pénale internationale de poursuivre des Américains » et parlé d'une « cour voyou ». La CPI dénonce un « pas sans précédent », « une atteinte à l'État de droit », et rappelle qu'elle a été confiée par 125 États parties à l'enquête sur le génocide, les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre et le crime d'agression. La procureure adjointe Nazhat Shameem Khan a assuré que ces sanctions n'arrêteraient pas le travail du tribunal.
Une seconde dépêche de GMA, reprise de Reuters, rapporte la réaction de Donald Trump lors d'un meeting à Syracuse (New York) : il a qualifié Navi Pillay de « personne mystère », dit n'avoir jamais entendu parler d'elle, et décrit la décision comme une « tache indélébile » sur la Norvège, accusant le comité d'être composé d'« idéologues radicaux ». Il a cité des conflits qu'il dit avoir aidé à éviter, sans fournir de preuves.
