ANGLE DOMINANT
Berne et Genève saluent un Nobel qui consacre la justice pénale internationale, et mesurent la fragilité du droit face aux sanctions américaines contre la CPI.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Le comité Nobel a distingué Navi Pillay, 85 ans, « pour ses efforts pour promouvoir la paix et le droit international » (Le Temps).
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Washington a sanctionné la CPI quelques heures après l'annonce ; les mesures interdisent toute transaction financière avec la Cour et s'appliquent dans 180 jours sauf accord (Le Temps).
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SRF rappelle que 13 juges et procureurs de la CPI étaient déjà sanctionnés et que Trump a partagé un message parlant d'« honte irrévocable » du comité Nobel.
ANALYSE
Berne, 10 octobre 2026. En Suisse, le Nobel de la paix attribué vendredi 9 octobre à la juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay est d'abord reçu comme un hommage à la justice pénale internationale. Le Temps rapporte que le comité Nobel l'a récompensée « pour ses efforts pour promouvoir la paix et le droit international », et rappelle son parcours : avocate des militants anti-apartheid, juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda puis à la CPI, Haute-Commissaire aux droits de l'homme de 2008 à 2014, présidente de la commission d'enquête de l'ONU sur les territoires palestiniens.
Le quotidien romand consacre un éditorial à Genève : « Genève est en fête », écrit-il, rappelant que Navi Pillay a dirigé à Genève le Haut-Commissariat. Il décrit une juriste qui « s'en tient aux faits » et dont les combats n'avaient pas besoin de fanfares. La porte-parole du Haut-Commissariat y voit, selon SRF, un signal fort : l'ONU juge que le prix « souligne la nécessité et la valeur des droits humains, aujourd'hui plus que jamais ».
Le commentaire de SRF va plus loin. Il parle d'un prix « contre l'impunité » et y lit un signe en faveur de la justice pénale, « jeune acquis » devenu « fragile pousse » déjà menacée. Pour la chaîne alémanique, le principe de la « loi du plus fort » progresse, et la Russie, la Chine et les États-Unis y contribuent. La CPI figurait elle-même parmi les favoris, et le prix la distingue en partie par ricochet.
La suite donne raison à cette inquiétude. Quelques heures après l'annonce, Washington a sanctionné la CPI. Marco Rubio, cité par Le Temps, la qualifie de « tribunal voyou » et affirme que les États-Unis n'en ont « pas besoin » et ne la veulent pas. Les mesures interdisent toute transaction financière avec la Cour et doivent s'appliquer dans 180 jours, sauf accord. La CPI y voit « une attaque contre l'État de droit » et prévient que « l'histoire jugera ce moment ». SRF rappelle que 13 juges et procureurs étaient déjà visés et que le mandat d'arrêt contre Benjamin Netanyahou est une raison probable.
SRF relaie aussi les réactions hostiles. Donald Trump a partagé un message qualifiant l'attribution d'« honte irrévocable », et le ministère israélien des Affaires étrangères dénonce la récompense de « la plus grande imposture du XXIe siècle ». Le rapport de la commission, qui concluait à un génocide à Gaza, avait été rejeté par Israël comme « scandaleux ».
