ANGLE DOMINANT
Espagne mesure l'accord groenlandais au prisme économique ouvert par Bruxelles : pendant que Washington s'assure bases et accès aux minéraux sans dépenser un euro, l'Union européenne maintient son propre plan d'investissement sur l'île.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Trump a écrit sur Truth Social que l'accord donne aux États-Unis « le contrôle permanent de la sécurité et de tous les autres besoins » du Groenland « sans aucun coût » pour Washington
- 02
Expansión rapporte que l'Union européenne maintient un plan d'investissement de 200 millions d'euros au Groenland, en parallèle de l'accord américain
- 03
L'accord interdit à tout adversaire des États-Unis d'installer une base, des troupes ou des investissements sensibles au Groenland sans l'aval écrit de Washington
ANALYSE
Madrid, 19 septembre 2026. La presse espagnole reçoit l'accord américano-groenlandais moins comme un fait diplomatique isolé que comme un nouveau chapitre de la rivalité économique entre Washington et Bruxelles pour l'Arctique. Vendredi 18 septembre, Donald Trump a annoncé sur Truth Social avoir conclu avec le Royaume de Danemark et le Groenland un accord qui donne, selon ses mots, aux États-Unis « le contrôle permanent de la sécurité et de tous les autres besoins » de l'île, « sans aucun coût » pour Washington. Le président américain le qualifie d'accord « à vie infinie, sans date d'expiration » et annonce le lancement immédiat d'un processus pour développer une présence militaire élargie sur le territoire danois, qu'il décrit comme « riche en minéraux ».
Le quotidien économique Expansión situe l'annonce dans la continuité de mois de pressions de Trump, qui n'avait pas exclu de s'emparer par la force de cette île alliée de l'OTAN, et la met en regard d'un plan d'investissement de 200 millions d'euros que l'Union européenne maintient au Groenland — signe, pour Madrid, que Bruxelles entend rester un acteur économique sur l'île plutôt que de laisser le champ libre à Washington. Le journal rappelle aussi que Trump avait invoqué le projet de bouclier antimissile « Golden Dome » comme prétexte à ses revendications, et qu'il a reproché à l'Europe son manque de soutien face à l'Iran.
ElDiario.es relève que l'accord interdit désormais à tout « adversaire » des États-Unis d'installer une base, des troupes ou des investissements sensibles au Groenland sans l'aval écrit de Washington — une clause qui, pour la presse espagnole, verrouille davantage l'accès économique à l'île que sa seule dimension militaire. Aucune des deux publications ne rapporte de réaction officielle immédiate de Copenhague : l'ambassade danoise à Washington n'a pas commenté dans l'immédiat, et ElDiario.es note l'absence de réaction danoise au moment de la publication.
Pour la presse espagnole, l'enjeu dépasse donc la seule question de la souveraineté formelle du Groenland, préservée sur le papier : c'est la réserve des secteurs stratégiques et miniers aux États-Unis et à leurs alliés qui retient l'attention, dans un contexte où l'Union européenne cherche elle-même à sécuriser un accès aux ressources critiques de l'île.
