ANGLE DOMINANT
Doha décortique la frontière tracée entre contrôle sécuritaire américain et souveraineté maintenue du Groenland, un partage qui résonne pour tout petit État hébergeant une base des États-Unis.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Mette Frederiksen affirme que l'accord « reconnaît la souveraineté et l'intégrité territoriale » du Royaume et le droit du peuple groenlandais à l'autodétermination.
- 02
Un responsable du département d'État précise que le texte interdit tout pays non membre de l'OTAN d'installer une base ou de faire des investissements « sensibles » au Groenland.
- 03
Un sondage de janvier 2025 cité par Al Jazeera montrait que 85 % des Groenlandais s'opposaient à un rattachement aux États-Unis.
ANALYSE
Doha, 19 septembre 2026. La presse qatarie, via Al Jazeera, consacre à l'accord américano-danois sur le Groenland un traitement analytique qui interroge une question centrale : Washington obtient-il la souveraineté de l'île ? La réponse, développée en détail, est non. Le média cite la Première ministre danoise Mette Frederiksen, pour qui le texte « reconnaît la souveraineté et l'intégrité territoriale du Royaume ainsi que le droit du peuple groenlandais à l'autodétermination ». Un distinguo jugé essentiel après plus d'un an de pressions de Donald Trump, qui n'avait pas exclu de recourir à la force pour s'emparer de ce territoire arctique de 56 000 habitants, allié de l'OTAN via le Danemark.
Selon un responsable du département d'État cité par Al Jazeera, l'accord accorde aux États-Unis des droits permanents d'accès, de stationnement et de survol, la possibilité de construire de nouvelles bases sans l'aval de Copenhague ou de Nuuk, et interdit tout établissement militaire ou investissement « sensible » à un pays non membre de l'OTAN, visant explicitement la Chine et la Russie. Trump, sur Truth Social, a promis que Washington disposera « POUR TOUJOURS » de la capacité d'agir au Groenland « sans aucun coût », qualifiant le texte d'accord « à vie infinie ».
Gulf Times rappelle que l'accord, attendu à l'Assemblée générale de l'ONU la semaine prochaine, devra ensuite être ratifié par les parlements danois et groenlandais. Le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen y voit un texte qui « reconnaît les intérêts du Groenland » et profite « à tous ».
Al Jazeera nuance toutefois la portée du changement : les États-Unis disposaient déjà, depuis un traité de 1951, de larges droits de survol et de base, dont la base spatiale de Pituffik, où sont stationnés plus de 100 militaires. Le chercheur Mikkel Olesen, cité par le média, estime que l'exclusion de la Chine et de la Russie ne constitue « pas une concession majeure », Danois et Groenlandais n'ayant « jamais souhaité » leur présence. Il invite à prendre les détails « avec des pincettes », l'essentiel de l'information venant côté américain.
Le média qatari relève enfin le climat mitigé sur place : un sondage de janvier 2025 montrait que 85 % des Groenlandais s'opposaient à un rattachement aux États-Unis, et des habitants de Nuuk cités par l'AFP disent des « sentiments mitigés » face à l'attention soudaine de Washington.
